Les chroniques littéraires de Delphine
Lire, c’est laisser une parole s’élever dans le silence, vous traverser, vous emporter et vous laisser, métamorphosé sur le rivage de la dernière page.
Sylvain Tesson

Qu’est-ce qu’un écrivain ? C’est celui qui relie, qui recueille. C’est celui qui est curieux de tout et d’abord des autres. C’est celui qui interroge les consciences, bouscule le confort afin de comprendre le monde par la connaissance des livres, l’intelligence des langues.

Prochainement vous lirez avec attention les chroniques philosophiques et sociétales de certains amis-écrivains du Cercle.

Bonjour à toutes et à tous, 
 
Je vous remercie de lire cette modeste chronique que Christine Bach m’a proposé de tenir.
Après une formation en Lettres Modernes et en Histoire de l’Art à La Sorbonne, j’ai commencé à travailler aux éditions du Seuil (département Beaux-Livres) en 2020.
Je me passionne pour la lecture depuis l’enfance, et mon goût se porte particulièrement sur le roman, sans limite temporelle.
J’apprécie aussi bien le réalisme du XIXe siècle, que des créations plus contemporaines ou encore la littérature étrangère.
Je partage ici quelques-uns de mes coups de coeur récents.
En vous souhaitant une bonne lecture ! 
 
Delphine Duchêne
 
Vassilis Alexakis, La Clarinette, éditions du Seuil, 2015.

 
« Les seules personnes qui avaient le droit d’entendre ta voix étaient tes enfants et les membres des jurys littéraires, car c’était une fois de plus la saison des prix. Tu retrouvais aussitôt toute ton énergie, tu te levais même du canapé, tu parlais aux jurés en arpentant à ton tour le salon. Parfois tu t’exclamais : – Vous ne pouvez pas donner le prix à ce con ! »
 
Vassilis Alexakis débute l’écriture d’un livre sur la mémoire, et dans le même temps veille sur son charismatique éditeur et ami, atteint d’un cancer. Ils évoquent ensemble des souvenirs, l’auteur lui donne son sentiment sur la situation de son pays natal, la Grèce, ses interrogations sur le langage, sur le passé et l’avenir.
Ce livre, empreint d’une grande sensibilité, jongle habilement avec ses nombreux sujets : la vieillesse, la force des relations humaines, mais également la crise grecque des années 2010, le sentiment d’appartenance à une nation. Beaucoup de gravité, mais aussi d’humour dans ce superbe roman.
 
 
 
 
Amélie Nothomb, Antéchrista, (Albin Michel) 

« J’avais toujours été seule, ce qui ne m’eût pas déplu si cela avait été un choix. Ce ne l’avait jamais été. Je rêvais d’être intégrée, ne fût-ce que pour m’offrir le luxe de me désintégrer ensuite. » 

Blanche et Christa ont seize ans. L’une est réservée et passe le plus clair de son temps à lire, tandis que l’autre est charismatique et très populaire. Blanche rêve de devenir l’amie de sa rayonnante camarade. Son souhait va se réaliser, mais cette présence devient bientôt envahissante.

Avec la finesse et le sens de l’humour qui ont fait sa réputation, Amélie Nothomb décrit la quête d’identité de l’héroïne et la complexité des relations adolescentes. 

 
 
 
 
 

« Les seules personnes qui avaient le droit d’entendre ta voix étaient tes enfants et les membres des jurys littéraires, car c’était une fois de plus la saison des prix. Tu retrouvais aussitôt toute ton énergie, tu te levais même du canapé, tu parlais aux jurés en arpentant à ton tour le salon. Parfois tu t’exclamais : – Vous ne pouvez pas donner le prix à ce con ! »

 
Vassilis Alexakis débute l’écriture d’un livre sur la mémoire, et dans le même temps veille sur son charismatique éditeur et ami, atteint d’un cancer. Ils évoquent ensemble des souvenirs, l’auteur lui donne son sentiment sur la situation de son pays natal, la Grèce, ses interrogations sur le langage, sur le passé et l’avenir.
Ce livre, empreint d’une grande sensibilité, jongle habilement avec ses nombreux sujets : la vieillesse, la force des relations humaines, mais également la crise grecque des années 2010, le sentiment d’appartenance à une nation. Beaucoup de gravité, mais aussi d’humour dans ce superbe roman.
 
 
 
 
« Je tenais un journal cette année-là. J’y trouvais mon héros, l’homoncule de mes pensées voyageuses, et faisais dans ce cahier l’essai de passages de son roman. (…) ce petit volume de deux cents pages s’est révélé inestimable pour la simple raison qu’il me rapportait, à l’un ou l’autre degré, ce que j’avais oublié ou mal mémorisé, d’une voix qui est en même temps la mienne et plus tout à fait la mienne. »
Siri Hustvedt, Souvenirs de l’avenir, éditions Actes Sud, p.17
 

Siri Hustvedt raconte, sous la forme d’une autobiographie à peine dissimulée, l’arrivée à New-York de la jeune S.H., qui rêve de devenir écrivain. Elle suit son parcours initiatique dans la grande ville où elle ne connaît personne : les nouveaux amis, les problèmes financiers, les hommes qui se révèlent souvent décevants. Dans son immeuble délabré, elle se passionne pour le monologue de sa voisine qu’elle entend à travers les murs fins, et en découvre peu à peu les secrets. 

L’auteure déploie dans ce roman toute la force évocatoire de son écriture. Elle y évoque la subjectivité de la mémoire, la condition féminine, et la force des relations humaines, avec la justesse et la sérénité de l’expérience.
 
 
 
 
 
«  C’est à ce moment précis que m’effleure pour la première fois l’idée que je suis une femme au milieu d’un motif finement tissé d’émotions et de temps, que bien des choses qui se produisent simultanément ont de l’importance pour ma vie, que les événements n’interviennent pas les uns après les autres, mais sur plusieurs plans simultanés de pensées, de rêves et de sentiments, qu’il y a un instant au cœur de l’instant. » 
L’Embellie, Audur Ava Olafsdottir, publié aux éditions Zulma. 
 

 Le roman s’ouvre sur un tournant dans la vie de la narratrice. Son mari la quitte pour une autre femme, et sa meilleure amie lui confie son fils, le temps qu’elle mène à bien sa deuxième grossesse. Acceptant avec stoïcisme ces bouleversements, elle part sur les routes avec le petit Tumi, enfant presque sourd et affublé de grosses lunettes, direction l’autre bout du pays, où a été installé le chalet d’été qu’elle a gagné à la loterie. Sur le chemin, les péripéties et les rencontrent se multiplient. 

La romancière islandaise conduit cette aventure avec une grande finesse : l’ambiance est légère, les sentiments sont vrais, l’humour est décapant. Une enthousiasmante bouffée d’air frais. 
 
 

De pierre et d’os, Bérengère Cournut, Le Tripode 

« Le soleil de fin de journée allongeait considérablement nos ombres sur l’herbe rase. En haut des buttes, nous avions devant nous des êtres mesurant trois ou quatre fois notre taille. Ma fille paraissait être une personne immense, accompagnée de deux géantes – ce qui l’amusait énormément. »  (Page 103)
 
Nous suivons l’itinéraire sur la banquise d’Uqsuralikl, jeune fille Inuit dont le nom signifie « Ours-hermine », qui est malencontreusement séparée de sa famille durant un glacial hiver. Tout au long de sa vie, elle côtoie des animaux sauvages, des clans humains, des esprits bienveillants ou non, et découvre le bonheur de la maternité. Elle va chercher sa place dans ce monde. Dans ce livre d’une grande poésie, l’auteure nous initie à la beauté du grand Nord et à la force de ses traditions ancestrales.
 
 
« Dire qu’un tableau est comme une histoire est une déclaration banale, pas complètement fausse, mais sans inspiration (…) Le tableau qu’était ma vie restait statique, et n’avait ainsi pas grand-chose d’une histoire : il avançait sans que rien n’avance vraiment, changeait mais pas de nature. » p.80
 

Kevin Pace est un peintre afro-américain d’une soixantaine d’années. Dans son atelier, il prépare son chef-d’oeuvre qu’il cache jalousement aux yeux de tous, même de sa famille. Mélancolique et déconnecté, il replonge dans ses souvenirs de voyages lourds de secrets : une recherche dans un Salvador au bord de la guerre civile et une escapade amoureuse à Paris. Mais une confession de sa fille de seize ans le ramène à la réalité. Un livre empreint de silence, de force de création, qui dit la beauté des sentiments et de leur persistance. 

 
 
« Ne dit-on pas que les époques sombres se traversent de fausse lueur en fausse lueur, comme lorsque, dans la montagne, au printemps, l’on se retrouve au milieu d’un cours d’eau, et que l’on doit avancer vers la rive en sautant d’une pierre glissante à une autre. »
 
Dans la montagne libanaise se niche le village de Kfaryabda, dirigé par un patriarche qui pense que tout lui appartient, surtout les femmes. Il a un intendant dont la superbe épouse donne naissance à Tanios, enfant à la chevelure est entièrement blanche. Bientôt, des rumeurs circulent sur la paternité de ce garçon, s’amplifiant jusqu’au crime d’honneur…
Amin Maalouf, récompensé en 1993 par le Prix Goncourt pour ce roman, nous transporte dans une histoire mêlant la chronique et la légende. Des montagnes du Liban aux rivages de Chypre, la poésie et la sagesse de cette histoire invite le lecteur au recul et à la respiration.